L’alimentation durable est-elle élitiste ?

Les préjugés autour de l’alimentation durable vont bon train. Souvent jugée trop chère, réservée aux « bobos » et ne valorisant que le « bio », elle serait également inaccessible aux classes populaires pour des raisons socio-économiques autant que culturelles.


Tentons d’y voir plus clair, en balayant les idées reçues autour de l’accessibilité à une alimentation de qualité.

Une accessibilité qui ne va pas de soi

Nous l’avons vu, l’alimentation durable nous concerne tous et répond simultanément à différents critères liés à l’environnement, la santé, la prospérité socio-économique ou encore aux habitudes culturelles. L’accès à une offre alimentaire durable est d’ailleurs considéré comme un objectif incontournable du référentiel « Vers un système alimentaire durable en Wallonie ».


Pourtant, force est de constater qu’au-delà de l’aspect économique, les barrières pour fédérer autour de l’alimentation durable sont nombreuses. Certains discours sont montrés du doigt comme étant normatifs, stigmatisants ou moralisateurs. En ce sens, les réseaux alimentaires alternatifs peuvent sembler inaccessibles et non inclusifs pour certains.


Le vocable a d’ailleurs son importance. Si le terme durable associé à l’alimentaire est évident dans certaines franges de la population, le concept demeure flou pour un grand nombre de personnes. Ce qui ne signifie pas que ces publics en sont forcément éloignés ! Pour des raisons financières ou culturelles, la consommation de fruits et légumes de saison ainsi que le fait de cuisiner des produits bruts à domicile constituent par exemple des pratiques ancestrales qui se transmettent au sein des foyers. En Belgique, l’intérêt et la connaissance des pratiques alimentaires durables traverse la population, indépendamment du niveau de vie.


Une multiplicité de facteurs

Mais la consommation d’une alimentation plus durable ne passe pas uniquement par des changements de comportements à l’échelle individuelle. Elle ne peut être pensée que collectivement et de manière systémique.


Différents facteurs influencent l’accès à une alimentation de qualité. Solidaris a identifié, dans son livre blanc, les cinq domaines de l’accessibilité à prendre en considération. Entremêlés, ils rendent compte de la difficulté à modifier nos comportements :


  • Accessibilité financière et matérielle

  • Accessibilité pratique, de l’accès à internet à la mobilité personnelle en passant par la taille des portions vendues

  • Accessibilité via l’information qui varie selon le niveau d’éducation formelle et informelle

  • Accessibilité sociale et culturelle car le niveau d’intégration et de liens sociaux fait varier les comportements alimentaires

  • Accessibilité psycho-sociale qui consiste en un ensemble d’expériences et de compétences qui déterminent la capacité d’agir et l’esprit critique


Une alimentation durable à prix juste

Bien sûr, la question du prix est pressante. Comment proposer des repas durables tout en garantissant leur accessibilité au plus grand nombre ?


Le cas des cuisines de collectivités apparaît comme un levier d’actions prometteur. Les cantines proposent en effet un service de restauration collective qui constitue un lieu essentiel d’accessibilité alimentaire. En période de crise, on remarque à quel point les repas proposés dans les cantines scolaires ou dans les CPAS constituent une ressource de premier plan pour les familles aux fins de mois difficiles.


Afin de maintenir des prix abordables, les surcoûts entrainés par un approvisionnement plus durable peuvent être compensés : réduction du gaspillage alimentaire, choix d’une production locale et de saison en sont des exemples. En diminuant les intermédiaires, et en consommant des produits saisonniers, on réduit le coût des produits tout en garantissant une juste rémunération aux producteurs.